vendredi 12 septembre 2014

Les Jaguar dans l'armée de l'air: Le temps des Opex (partie 3)

Après la phase de montée en puissance des années 70 viennent les débuts du Jaguar en Opex. Le biréacteur franco-britanique va être utilisé en conditions opérationnelles pour la première fois. En novembre 1980, le 4/11 Jura part sur alerte à Libreville depuis Mérignac et met en place l'opération Murène, lors de prise de N'Djamena par les Libyens et leurs alliés du FROLINAT.

4/11 Jura
Des Jaguar du 4/11 Jura de Bordeaux sur l'aéroport deN'Djamena au Tchad.





4/11 Jura SPA 158
En meeting aérien, le Jaguar dévoile une petite partie de sa panoplie, ici le A82 du 4/11 Jura  avec l'insigne de l'escadrille SPA 158 (photo Michael Frische)


Comme je vous ai peut être perdu en chemin avec tous ces escadrons, je vous ai concocté un petit récapitulatif des missions de chacun d'eux:


Les missions des escadrons Jaguar (j'ai omis le CEAM)


L'escadron 3/3 Ardennes monte en compétence dans ses missions anti radar et poursuit un entraînement opérationnel de qualité en France : il remporte la coupe Comète en 1980, effectue deux décollages sur route lors de l'exercice Datex en 1982, participe à TLP en 1981, à Red Flag en 1981, 1982, 1984 et 1987. Bref, pendant les années Jaguar, au 3/3 on ne s'ennuie pas... L'escadron fermera même durant l'été 1981, assurant simultanément un détachement au Tchad et un détachement au Gabon !
      
3/3 Ardennes
Le Jaguar A14 (3-XF)au 3/3 Ardennes, il est équipé à la fois de roquettes et du missile anti radar Martel. derrière lui on reconnait des mirage 5 belges. (photo Alex Staruszkiewicz)


        A compter du 1er janvier 1981 et jusqu'au 31 juillet 1989, l'E.C. O4-007 « LIMOUSIN » a pour mission principale l'appui tactique conventionnel et nucléaire au sein de la Force Aérienne Tactique (F.A.Tac.). Il y participe avec l'EC 1/7 Provence et L'EC 3/7 Languedoc. C'est le seul escadron de Jaguar basé sur la BA 125 d'Istres.


Escadrille tête de chacal
Le Jaguar A79 / 7-NP du limousin en lisse durant un meeting à Francazal, il porte l'insigne de la I/9 "tête de chacal" (photo P.Issoulié).


Régulièrement, à partir de 1981, les personnels du 1/11 Roussillon de Toul comme ceux des autres escadrons de la "11" participent à l’exercice tactique inter alliés "Red Flag" aux USA sur la base de Nellis au Nevada.

Voici le récit d'un participant à Red Flag sur Jaguar : http://www.pilote-chasse-11ec.com/red-flag


1/11 Roussillon
Un Jaguar du 1/11 suit un appareil du 4/11 dans les années 80 (photo Eric Tammer)

En août 1983, le Jura rejoint sur alerte N'Djamena pour assurer dans des conditions difficiles, les premières missions de l'opération Manta, à la suite d'une nouvelle tentative de descente du FROLINAT et des Libyens vers N'Djamena. C'est au cours de l'une de ses nombreuses missions au Tchad (opération Manta), que l'escadron perd l'un de ses meilleurs pilotes, le capitaine Croci (chef des opérations de l'unité),  abattu par un tir d'armes lourdes le 25 Janvier 1984 dans la région de Toro Doum.

Vous pouvez retrouver sur ce site des écrits de michel Crocci, publiés dans Air Fan, sur le metier de pilote de chasse sur Jaguar au début des années 80:

http://www.pilote-chasse-11ec.com/etre-chasseur-bombardier-aujourdhui-1983-partie-12-le-pilote
http://www.pilote-chasse-11ec.com/etre-chasseur-bombardier-aujourdhui-1983-partie-22-la-mission



Bangui
Des Jaguar en préparation pour une mission, les avions appartiennent au 2/11 et au 3/11. On distingue en haut à gauche un bidon RP-35 qui équipait les Breguet Atlantic de l'aéronautique navale.  (DR)


Courant 1986, c'est l'apogée du Jaguar, au Tchad, des combats violents opposent l’armée nationale tchadienne d’Hissène Habré soutenue par la France aux forces de Goukouni Oueddeye soutenues par la Libye. À la suite du lancement de la construction par le colonel Khadafi d’une base aérienne fortement protégée à Ouadi Doum, au nord du Tchad, la France décide de surveiller les travaux de près et se prépare à agir. L’opération Epervier commence. Après plusieurs missions de reconnaissance et une première attaque de la piste par onze Jaguar du 1/11 “Roussillon” (le 16 février 1986 au petit matin), le 3/3 déploie à Bangui une cellule Martel de quatre Jaguar le 22 février. Le 3/3 tient alors l’alerte permanente Martel à Bangui jusqu’au 13 août 1986, où il est de retour en métropole. 


Jaguar A
Bombardement par une patrouille de 4 Jaguar de l'armée de l'air.  (DR)
OMERA
Le Jaguar en reco, parfois ça vole pas haut ! (DR)

assaut roquettes
Un Jaguar en passe de tir (DR)

Sepecat Jaguar
Si le Jaguar a réussi ses missions, il ne le doit pas qu'a lui même sur les théâtre africains, les Atlantic de la marine était très fréquemment derrière les attaques. (DR)

Dassaut Breguet Jaguar
Des appareils du Vosges en patrouille avec un atlantic de la 21F. (DR)

OPEX jaguar
Ce qui n'empêchait pas la rivalité amicale entre l'armée de l'air et l’aéronautique navale de revenir une fois au sol. ici le Jaguar A72 /11-RV du 3/11 Corse devient Jaguar M avec un "petit plus" ajouté par un équipage d'atlantic (= (fin des années 70) DR

De retour en métropole le 3/3 assure toutefois toujours une astreinte anti radar et le samedi 14 novembre 1986, une nouvelle cellule Martel part sur alerte pour Bangui. Pour la première fois, des avions de l’“Ardennes” sont du voyage (le A16 et le A 23). La mission, préparée dans le plus grand secret fin décembre, prévoit l’attaque des trois systèmes sol-air SA 6 “Straight Flush” et du radar de surveillance associé “Flat Face” sur le terrain de Ouadi Doum. Devant théoriquement s’effectuer aux environs de Noël, elle est transmise à la relève du 30 décembre, composée du Cdt Lebourg, second du 3/3, du Cne Saussier, du Ltt Wurtz, du Ltt Guy et de l’Asp Pages. Le 1er janvier, l’alerte passe à 1 h de jour et 2 h de nuit. Ordre puis contrordre de monter les missiles se succèdent le 4 janvier. « Le Détam se déroulait tranquillement lorsque le 5 janvier il fallut monter les missiles bons de guerre. » Le 5 à 18 h 00, Lebourg Saussier et Raffin préparent la mission à N’djamena. De retour vers 20 h 30, ils finissent la préparation à minuit.


années 70
Le Jaguar A7 de l'ardennes. (il lui manque la pointe arrière) A ses côtés, un mirage F-1 du 3/30 Lorraine. (DR) 



« Après une préparation particulièrement minutieuse et une nuit plutôt courte », le 6 janvier 1987 à 6 h 30 du matin, la mission F1177 composée de trois Jaguar décolle de Bangui dans le brouillard, sans le Ltt Wurtz qui rentre au parking à la suite d'une panne du missile. « Après trois ravitaillements en vol et une ballade à 15 Nm de la base libyenne, les radars dormaient ce jour-là… », la patrouille se pose vers 10 h 00 locales à N’djamena. Dans l’après-midi, le Ltt Wurtz rejoint le dispositif alors que la mission est reconduite pour le lendemain. Le 7 janvier vers 11 h 30, une patrouille de Mirage F1CR taquine les radars libyens, un Atlantic de la Marine perçoit la mise en fonctionnement du site de Ouadi Doum. La patrouille des quatre Jaguar du 3/3 en alerte, composée du Cdt Lebourg, du Cne Saussier, du Ltt Wurtz et du Ltt Guy peu alors profiter de l'occasion pour "alumer" les radars énemis. Les libyens n’ayant allumé que le radar de surveillance “Flat Face”, seul le Ltt Wurtz équipé du Martel couvrant la bonne bande de fréquence tire, les trois autres étant équipés de Martel destinés aux systèmes sol-air SA6 “Straight Flush”2. « Guitou s’en mêle et s’homologue un Flat Face. » Les missions F1182 et 1183 rentrent à N’Djamena après 2 h 30 et deux ravitaillements. Ce succès est un bel aboutissement à la présence permanente des personnels de l’unité en Afrique depuis février 1986. Dans la foulée, tout le détachement Martel quitte Bangui pour s’installer définitivement à N’Djamena. Après une relève, le détachement se pérennisera jusqu’au 13 avril 1987 sans aucune autre mission avec tir réel. Pendant près de 18 mois, le 3/3 a assuré l’alerte Martel avec seulement 12 à 14 pilotes opérationnels, soit trois à quatre détachements de deux mois par pilote. (pour un récit complet, voir ici).
Jaguar A 154 11-RP 3/11 Corse
Tir de missile Martel par un Jaguar du 3/11 Corse dans les années 90. photo air-force-sup.fr
Les Atlantic de la marine étaient également capable de tirer le martel



Jaguar A 3-XP
Comme tous les escadrons, l'Ardennes à eu quelques biplaces (ici le E16). (photo Alga 79)

Jaguar A
Durant les années 80, de nouveaux armements plus précis car guidés par laser, sont intégrés tel que le missile AS30 vu ici. photo http://air-force.sup.fr



Jaguar A160
Le A160 est le dernier avion du type produit par Dassault-Breguet, il est vu ici lors de vol test de tir de missile comme l'indique la couleur de l'AS 30.. photo http://air-force.sup.fr


Jaguar E1
Dès le début des années 80, les munitions guidée laser apparaissent. Le Jaguar E1 utilisé pour des essai de largage de charge surement par le CEV photo air-force.sup.fr

Enfin, les contraintes budgétaires et la réorganisation de l’armée de l’air autour des familles Mirage 2000, Mirage III et Jaguar contraignent l’unité 3/3 Ardennes à se séparer avec beaucoup de regrets de ses Jaguar au profit des 7e et 11e escadres. Le 29 mai 1987, l’Adj Martin pose le dernier avion à Toul, tournant définitivement la glorieuse page Jaguar du 3/3. L’ère du Jaguar aura duré d’avril 1977 à mai 1987, période qui a vu l’unité effectuer 35 372 h 45 sur cet appareil. Avec le départ du Jaguar en mai 1987, le 3/3 abandonne la mission Martel au profit de l'EC 2/11 « Vosges », alors escadron de guerre électronique offensive. Le 3/3 retourne donc sur mirage III E (l'une des rare fois dans l'armée ou un escadron est passé sur un avion plus ancien).


Aérospatiale AS 37 Martel
Le Jaguar A28 au 2/11 Vosges qui a récupéré la mission Martel en 1987.
Jaguar biplace

Le 01/07/1987, une nouvelle et dernière unité touche ses premiers Jaguar, il s'agit du CITac 339 (centre d'instruction Tactique). Les avions vont servir pour l'entrainement des pilotes aux côtés des mystère 20 SNA dont j'ai déjà parlé dans un article précédent. Jusqu'à 5 Jaguar (uniquement des biplaces) vont être utilisés à partir de Luxeuil pour la formation des navigateurs de combat.


Mystère 20
Un Jaguar du CITAC en patrouille avec le mystère 20 N°186 SNA mirage III E qui est maintenant préservé dans un Lycée technique des landes.
CITac 339 acquitaine
Le Jaguar E27/ 339-WI au CITAC (phoo Collection Henri Guyot).

BA 136 Toul
En 1988, à Toul, le 1/11 célèbre les 15 ans de service du Jaguar.



Après la dissolution du 3/3, la dissolution des escadrons Jaguar continue, le prochain a être touché est le 4/7 Limousin basé à Istres.  Il est dissous le 31 juillet 1989 pour renaître le lendemain, 1er août 1989 et il devient alors l'EC 3/4  Limousin équipé de l'ASMP sur Mirage 2000N.





Jaguar A
4 Jaguar du Limousin, l'un des escadrons qui aura eu le moins de temps le jaguar. photo http://air-force.sup.fr



RAMEX Istres
La fin des Jaguar chez les Ramex, deux avions ont reçus une décoration spéciale. (DR)


La fin des années 80 est plutôt calme, les détachements africains continuent. La coupe Comète 1989 est remportée par le 1/11. Mais le début des années 90 va solliciter fortement le Jaguar  et tous les escadrons qui en sont équipés, ils s’apprêtent à explorer un nouveau théâtre d'opération: L'Irak.


Le A144 avec son camouflage européen.

EALC Corbas
Le 141 (le monoplace d'EALC aux couleurs du 1/11 Roussilon au début des années 90, il a surement participé à la guerre du golfe).

A la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak, le dispositif Daguet est déclenché. A partir du 17 janvier 1991 et jusqu’au 28 février 1991, les pilotes et les mécaniciens du 1/11 participent activement à l’opération "Tempête du Désert". Des missions de bombardement sont effectuées journellement tant sur le Koweït et sur l’Irak. La majorité des missions avec missiles ou bombes guidées laser, est effectuée avec succès par les pilotes de l’escadron.



Le Jaguar pilier incontournable de l'armée de l'air durant l'opération Desert Storm (il a bien failli ne pas pouvoir participer les américains trouvant que sa silhouette ressemblait trop a celle des mirage F-1 qui équipaient l'armée de l'air Irakienne).



3/11 Corse BA 136 Toul Rosières
Le Jaguar A38 en 1991 porte une livrée dans l'air du temps avec son camouflage désert. Il est équipé ici du bidon de reconnaissance RP-36.
Le 17 janvier 1991 marque un nouvel épisode glorieux pour le 2/11; une patrouille de 12 Jaguar, dirigée par le commandant Mansion effectue la première mission française lors du déclenchement de l’opération "Tempête du Désert" en attaquant le terrain d’aviation Al Jaber au Koweït occupé par l'Irak. 

Le premier raid, réalisé en basse altitude sur le terrain d'Al-Jaber soupçonné d'abriter des missiles Sol-sol Scud, est effectué par 2 patrouilles de 6 appareils (indicatif radio ce soir là « Jupiter 01 » et « Jupiter 11 ») respectivement leadées par le Commandant « Chnapy » Mansion et le Capitaine "Pacorel". Les avions sont armés de bombes à sous munitions Belouga et de bombes lisses de 250 kg. Apres un ravitaillement auprès des C-135FR, les bidons ventraux,vides, sont largués pour alléger les chasseurs (cette tactique sera abandonné par soucis d'économie) Le Run d'attaque, qui débute au passage de la frontière Saoudienne, ne dure que quelques minutes, mais quelles minutes ! En effet, les Français déboulent sur un PC Irakiens ultra protégé et non répertorié sur leur cartes. Immédiatement, le ciel se remplit de missiles SA-7, DCA et de tirs d'armes légères. « Charly » Mahagne est atteint à la tête par une balle qui, après avoir traversé la verrière, perfore son casque et le laisse miraculeusement indemne avec une légère égratignure. Les Jags'men volent à moins de 30 mètres du sol, littéralement collés au relief, tout en lançant des leurres IR et certains tire au canons dans le tas. Ceux qui atteignent Al-Jaber larguent leurs bombes en limite basse, certaines Bélouga arrivent intactes au sol ! Mais exploseront par la suite lors de la seconde vague d'attaque. Passé l'effet de surprise, la seconde patrouille se fait quand même sévèrement « amoché ». Tandis que « Mamel » subit l'impact direct d'un missile, « Bonnaf » ramasse un projectile dans le carter d'huile du réacteur droit ; le feu se propage et il doit continuer sur un moteur en balançant ses charges dans la nature. Les 2 pilotes qui se traînent à 300 nœuds au ras des dunes se déroutent ensemble en Arabie ou ils se posent sur le 1er terrain qui se présenta. L'appareil du Lieutenant Christ est, lui atteint au niveau des commandes de vol ! Sur les 12 Jaguar engagés 4 auront donc été touchés. Le Jaguar A91 de Hummel ne revolera jamais, sa structure ayant été trop endommagée par l'incendie. Ces appareils reçurent même la visite de nombreux généraux de la coalition et son pilote fut félicité ! 

On peut voir le récit complet de cette mission particulière ici: http://www.pilote-chasse-11ec.com/mission-de-guerre-al-jaber-17-janvier-1991

Les 1/7, 2/7 et 3/7 ont également participé par l'envoi de pilotes et de mécaniciens  d’août 1990 à mai 1991. En tout, 615 missions de guerre seront effectuées par les Jags'mens


Missile Magic
Le Jaguar A35 du 3/7 Languedoc avec un missile Magic d'exercice

Pour le 4/11 Jura, l'opération Daguet marque la fin de ses opérations extérieures. Stationnés sur la base d'Al Ahsa, au coeur de l'Arabie Saoudite, ses Jaguar effectueront avec brio de nombreuses missions sur le Koweit et l'Irak.



4/11 Jura Al Jaber
Le Jaguar A91 peu avant sa dernière mission (photo Henri Guyot)
armée de l'air
Rapatriement en métropole à bord d'un Transall. (Dr)

Jaguar A91 / 11-YG
Les dégâts sont impressionnants ! (photo JP Lardinois)
Jaguar A91 11-YG
Après son retour d'Arabie Saoudite, le Jaguar A91 n'a pas été réparé, il a été conservé ainsi à Chateaudun et appartient désormais au musée Canopée. Cet appareil "historique" témoigne des dangers qui peuvent guetter les pilotes durant leur mission, et de la solidité du Jaguar. Il est l'un des seul Jaguar portant encore les couleurs du 4/11 Jura. (photo Three Forty).
Dans le prochain article je vous parlerait de la déflation des escadrons Jaguar dans les années
90.


Bon week end à tous.



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1 commentaire:

  1. super le dossier, mais il faut corriger la légende de la première photo:les avions sont sur le parking de N'Djamena et non de Lbv.

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